Une juste, Marie-Louise Bleyzat, née Louradour 1879-1975
Témoignage de Monique Cerf Mes parents, ma sœur et moi habitions avant la guerre à Ligny en Barrois dans la Meuse. Nous avons dû évacuer cette ville au mois de juin 1940. Nous n'avions pas d'endroit pour aller et sur la route en cours de voyage, des gendarmes nous ont envoyé dans un petit village, Puy d'Arnac (Corrèze), où des lits avaient été préparés. Nous sommes restés dans ce village jusqu'en septembre, et comme à l'époque j'étais au lycée, mon père est venu jusqu'à Brive où il a rencontré des amis lorrains qui lui ont trouvé un appartement dans cette ville afin que je rentre au collège. Nous sommes donc arrivés par hasard chez monsieur et madame Bleyzat, nos propriétaires. Nous habitions l'appartement au dessus du leur. Quand les questions juives ont commencé, nous avons entendu nos propriétaires dire (un plafond faisait notre plancher), les Juifs on ne sait pas ce que c'est, mais c'est des gens comme tout le monde. Après, ils ont su que nous étions Juifs. Nos propriétaires étaient maraichers, cultivateurs et mon père était négociant en bestiaux. Quand les restrictions ont commencé, ils nous ont donné un jardin, du lait, des œufs, un local pour élever de la volaille. Mon père donnait un coup de main quand il pouvait. Mais après l'invasion de la zone libre, j'ai été obligée de faire une carte d'identité. Je suis remontée de la mairie : il y avait un tampon juif sur la carte. Je suis remontée en pleurs. La grand-mère (madame Bleyzat) était dans la cour et m'a demandé ce que j'avais.je lui ai montré ma carte. Elle l'a prise en me disant demain tu auras une autre carte d'identité et tu ne seras plus juive. Elle est donc descendue en ville le lendemain avec deux sacs chargés de provisions. Et effectivement, je n'étais plus juive. Papa lui a demandé ce qu'il lui devait. Elle a répondu : c'est mon problème. Après nous avons eu un ordre de partir toute la famille en résidence surveillée à Allassac (Corrèze). Evidemment, mes parents n'avaient pas le moral et toujours la grand-mère après cette lettre est redescendue à Brive avec les mêmes sacs à provisions et deux jours plus tard, nous n'avions pas reçu l'ordre de partir en résidence surveillée à Allassac (ceux qui y sont allés ont été déportés). Madame Bleyzat avait même proposé de l'argent à mes parents s'ils avaient besoin ne sachant pas si elle serait remboursée en cas de déportation. Le troisième acte de la grand-mère a été quand la division das Reich est remontée et a fait les atrocités de tulle et d'Oradour. Après Tulle, la division est passée à Brive et a fait des rafles. La grand-mère nous a envoyé dans sa ferme qui s'appelait Montplaisir (commune de Turenne, Corrèze). Nous couchions dans cette ferme et pour que personne ne voit qu'elle était occupée, nous devions aller la journée dans les bois ou les prés pour garder les vaches et son petit fils (Jacques Beijeaud) nous montait à manger pour deux jours. C'était tout cuit pour ne pas allumer de feu. Un soir en rentrant, nous avons trouvé un papier sur la table Le maquis avait pris notre repas par nécessité et laissé ce papier pour s'excuser. Nous avons donc attendu le lendemain soir pour pouvoir assouvir notre faim. Quand nous étions à Montplaisir, mon oncle qui habitait toujours Puy d'Arnac est venu à Brive pour enterrer son oncle qui était décédé à l'hôpital de Brive. Il est monté chez nous, croyant nous y trouver. La grand-mère a poussé des hauts cris et lui a dit d'aller au cimetière, de ne pas sortir avant l'heure de l'autobus, de sortir par la porte du fond qui était après le contrôle des papiers. .....
YADVASHEM The Holocaust Martyrs' and Heroes' Remembrance Authority Jérusalem, le 21 décembre 2004 Réf: BLEYZAT MARIE-LOUISE - France (10364) Nous avons le plaisir de vous annoncer que Yad Vashem a décerné le titre de "Juste parmi les Nations " à la personne désignée ci-dessus, pour avoir aidé, à ses risques et périls, des Juifs pourchassés pendant l'Occupation. Une médaille et un diplôme d'honneur en son nom seront envoyés à la mission diplomatique israélienne la plus proche de l'adresse du récipiendaire, qui organisera une cérémonie en son honneur. Son nom sera gravé sur le Mur d'Honneur dans le Jardin des Justes parmi les Nations à Yad Vashem,Jérusalem. La copie de cette lettre est adressée aux autres personnes qui ont délivré un témoignage, ainsi qu'aux autres personnes concernées. Nous vous serions très reconnaissants de bien vouloir nous adresser, si possible, une photo de Mme Bleyzat, de préférence de l'époque de l'Occupation. Veuillez agréer l'assurance de mes sentiments les meilleurs.
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